Qu’est ce que Mettre l’homme debout pour vous ?
En effet, pour cette année 2006/2007, le thème de notre réflexion d’année est : Mettre l’homme debout.
L’idée de ce forum est de permettre à ceux qui n’assistent pas à nos rencontres, ou même pour ceux qui assistent, de poursuivre par écrit la réflexion.
Vous pouvez donc librement prendre part à ce forum. Une rapide présentation de vous-même lors de la première intervention peut être un plus.
Philippe Plet, religieux passioniste.
« Mettre l’homme debout ». Cela implique les deux dimensions de notre être : le plan humain et le plan spirituel. On dit parfois qu’on ne touche pas à l’un sans influer sur l’autre. Cela est vrai me semble-t-il quand on commence par l’âme : cela donne à la personne le désir de se dépasser pour un Autre divin. J’avoue ne plus être si sûr quand on tourne les choses dans l’autre sens : rétablir quelqu’un au plan humain (psychologique, physique, social, etc…) n’implique pas automatiquement de le faire tenir debout devant Dieu. Il est vrai que beaucoup considèrent ce dernier « stabat » (se tenir debout) comme une option sans grande conséquence. Mais que voulons-nous exactement ? Quel est notre but lorsque nous travaillons à remettre l’autre « debout » ? La joie indiscutable de voir un être recouvrer le sens de sa valeur personnelle est-elle ultime dans notre quête ? Eduque-t-on les enfants seulement pour cela, ou pour faire d’eux des apôtres de l’amour ?
Mettre l’homme debout
A l’origine, l’homme primitif se déplaçait à quatre pattes, et il s’est relevé, pour prendre sa stature d’homme- L’enfant lui-même apprend par étapes à marcher et à se mettre debout. Etre debout c’est donc avoir atteint une certaine maturité, et l’expression s’est élargie pour signifier : être responsable, Au cours d’une vie d’homme, la faim, les malheurs, les exclusions, les maladies, les drames de toutes sortes, écrasent souvent l’homme physiquement, psychologiquement, et il se retrouve en position horizontale, c’est à dire, défait et malheureux. La lecture des évangiles nous montre que Jésus incitait l’homme à se mettre debout : au paralytique étendu sur un lit : »Lève toi, porte ton lit et va t’en chez toi » ( Mt 9,6 et Mc 2,11) à la fillette du chef de la synagogue : » Talitha Koum » c’est-à-dire : fillette, je te l’ordonne, lève-toi ! Et on n’entend plus parler de ces personnages
Je pense donc, que pour nous ,à la suite de Jésus, il s’agit d’abord de tendre la main, pour aider l’autre à se mettre debout, comme un autre a pu nous aider , à un moment de notre vie- : en cela tous les mouvements caritatifs, associatifs, éducatifs, le font – s’il le font simplement sans être croyants, au nom de l’amour humain, Dieu est présent, même s’ils ne le savent pas., Et ensuite, s’ils ne nous demandent rien d’autre, nous pouvons les laisser aller et prier pour eux afin qu’ils s’ouvrent à la grâce divine. -.Elle peut davantage Nous ne sommes que des instruments, (André Louf a donné comme titre à un de ses livres , titre que j’aime beaucoup : » La grâce peut davantage » )
Ce 22 décembre, Pierre nous invite avec Hélène et Simone à passer un moment à la maison de l’amitié. C’est un centre d’accueil des SDF à la Défense, la plus grande zone de bureaux aux portes de Paris.
C’est par les sous-sols et parkings que nous cherchons le local. Des personnes édentées ou amaigries balisent l’itinéraire lugubre et malodorant. Nous arrivons pour découvrir enfin des tables garnies de nombreux petits plats, simples mais très appétissants avec des décorations de Noël qui égaillent. Un groupe de jeunes retraités musiciens animent avec quelques chansons des années 50.
Je repense à ce forum : « Mettre l’homme debout ». Dans cette société souterraine, avec des gens qui fourmillent dans le noir, loin des fastes du dessus, au dessus de « la dalle », loin des puissances d’argent qui œuvrent dans les tours, un autre monde vit. Il existe, même relégué dans les profondeurs. Le premier acte consiste sans doute maintenant à dire à ces visages abîmés par l’alcool pour certains, ces corps cabossés, vieillards de trente-cinq ans, de dire : « vous existez et nous sommes venus vous le dire ; vous existez et comme tous les autres hommes, vous êtes nos frères. Sans doute avez-vous franchis cette limite de la dalle et vous êtes-vous enfoncés... Mais nous vous reconnaissons aussi et nous passons un peu de temps ensemble... »
"Araser les silences, (r)ouvrir les murs, les yeux, les coeurs, sourire : là résident les gageures- où vivra l’esentiel...", Ahmed Azeggagh, poète algérien, extrait de Duel à l’ombre du Grand A.
Je ne peux exprimer mieux que ces mots ce que fait résonner en moi le thème "mettre l’homme debout"... Si de grands humanistes, non chrétiens, non croyants ont pu me toucher sur ce thème, ma foi m’insuffle pourtant que c’est toujours Dieu qui permet cette élévation qu’est mettre l’homme debout ; lui donner/rendre dignité quelque soit sa condition... Tant d’amour donné, par la bouche de son fils, afin d’ouvrir les yeux de l’humanité et de dire à chacun "Tu es aux yeux de l’éternel" c’est, pour moi, la volonté du Seigneur que chaque homme accomplisse Son Oeuvre en mettant chaque jour l’Homme debout...
Mettre l’homme debout -Renée Clément
Questionnement -
Cette expression m’interroge – Elle est sous forme infinitive – Il s’agit donc d’une action sans sujet – c’est-à-dire impersonnelle – Quel pourrait être le sujet ? Il ne peut s’agir d’un sujet au singulier : Je ? Tu ? Il ? Alors : Nous ? Vous ? Ils ? Ce Ils, ou elles , ne peuvent être qu’une contribution ? les associations ? Cela me gêne un peu, je sais trop que l’homme ne peut rien par lui-même Qui dit » mettre l’homme debout « implique qu’il ne l’était pas – l’expression bien qu’à l’infinitif laisse supposer qu’il y a un « debout « et un « couché « ! Alors revenons sur ce fait « d’être debout « , peut-on être debout en étant couché ? car il s’agit bien ici d’un « debout « symbolique –
Depuis Vatican II, l’eucharistie se vit « debout « quand on peut se lever - Il y vient aussi des hommes « assis « et des hommes « en fauteuil roulants « - Cependant ils sont sous-entendus "debout "- On choisit donc d’être debout, et il n’y a pas eu d’action autre que la parole de Dieu pour nous mettre debout –C’est elle, « la poussée » qui nous fait lever - Si je compare cette expression avec d’autres expressions à l’infinitif je relève : Aller au cœur de la foi Chanter les merveilles de Dieu Aimer son prochain Le seul sujet possible c’est l’Esprit- Saint qui nous meut –
La Bible emploie, elle, des expressions avec sujet : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, l’unique Tous les commandements de Dieu ont un sujet –
Ne pourrait-on dire plutôt, pour bien montrer que celui qui est debout peut être couché, et que le couché peut-être debout, instaurant ainsi l’égalité :
Mettons-nous ensemble debout . ou tout simplement l’Homme debout -
