Ce forum propose un échange sur le thème de l’appel que reçut Paul de la croix. Son enthousiasme à y répondre est un merveilleux modèle pour notre époque.
Lors des derniers JMJ, Benoît XVI a invité les jeunes à être des témoins du Christ : « Vous savez déjà que notre témoignage de chrétien est offert à un monde qui, par beaucoup d’aspects, est fragile. L’unité de la création de Dieu est affaiblie par des blessures qui s’approfondissent quand les relations sociales se brisent ou quand l’esprit humain est presque totalement écrasé par l’exploitation ou l’abus des personnes. De fait, la société contemporaine subit un processus de fragmentation en raison d’un mode de pensée qui, par sa nature, a la vue courte, parce qu’il néglige l’horizon de la vérité – de la vérité concernant Dieu et nous concernant. En soi, le relativisme ne parvient pas à embrasser l’ensemble de la réalité. Il ignore les principes mêmes qui nous rendent capables de vivre et de grandir dans l’unité, l’ordre et l’harmonie. En tant que témoins du Christ, quelle est notre réponse à un monde divisé et fragmenté ? Comment pouvons-nous offrir l’espérance de la paix, de la guérison et de l’harmonie à ces « stations », lieux de conflit, de souffrance et de tension, où vous avez choisi de vous arrêter avec cette Croix de la journée Mondiale de la Jeunesse ? L’unité et la réconciliation ne peuvent être atteintes par nos seuls efforts. Dieu nous a fait l’un pour l’autre (cf. Gn 2, 24) et nous ne pouvons trouver qu’en Dieu et que dans l’Église l’unité que nous cherchons » (Benoît XVI, discours de clôture des JMJ de Sydney).
Paul de la croix vivait dans un monde qui était en train de devenir le nôtre, c’est-à-dire celui du relativisme dont parle Benoît XVI, et le jeune Paul entreprit alors de se préparer à devenir un témoin, et un témoin de la croix pour ce monde-là.
En 1720, à l’âge de 26 ans, Paul Danei a déjà bien « bourlingué », car son métier de marchand de tabac l’oblige à entreprendre des voyages dans le nord de l’Italie et jusqu’en France, ce qui lui permet de se forger une solide expérience humaine. Pourtant, la pensée de « l’absolu » ne le quitte pas. Elle le surprend jusque dans ses déplacements : ainsi, à l’occasion d’une de ses tournées, un sanctuaire isolé vient insuffler en son cœur la beauté du désert.
C’est alors qu’il décide de devenir ermite. Paul inaugure cette vie nouvelle par une retraite de 40 jours, au cours de laquelle il reçoit les grâces et les lumières qui lui permettront de devenir « saint Paul de la croix », ainsi que de dessiner le projet de fonder une congrégation dédiée à la spiritualité de la Passion de Jésus-Christ.
De ces 40 jours de désert, il nous a laissé son Journal : récit au quotidien de cette expérience unique. Grâce à ce texte précieux, il nous est donné d’assister de l’intérieur à la naissance d’une vocation et d’un charisme.
Cette expérience et cet appel furent suscités par Dieu dans le cœur de Paul de la croix. Son expérience est-elle un exemple encore valable pour notre temps ? Qu’est-ce vraiment que la « contemplation », et pourquoi une contemplation de la croix ? La « distance critique » de Paul de la croix envers le monde est-elle une préparation efficace à l’annonce de l’espérance et de l’unité ? Le prix de l’accès à la vérité doit-il faire des témoins d’aujourd’hui de véritables « consacrés » ? L’engagement dans l’Eglise institutionnelle, si importante aux yeux de Paul, est-elle encore valable à nos yeux pour accomplir ce témoignage du Royaume des cieux dans le monde contemporain ? Mais au fait : quelle est la volonté de Dieu ?
Ce ne sont là que quelques questions possibles. On peut en formuler d’autres afin de tenter de cerner le contenu et les fruits du charisme passioniste que nous lègue Paul de la croix. Mais il faut enfin savoir ce qui fera véritablement de nous des témoins de Jésus en notre monde.